« Il ne répond jamais à ses messages en moins de trois heures : red flag. » « Elle se souvient du prénom de ma sœur : green flag. » Sur les réseaux, les listes de red flags, ces signaux d'alerte qui annonceraient une relation compliquée, se comptent par milliers. L'expression est utile, mais elle mélange souvent des goûts personnels et de vrais signaux de danger. Que disent les recherches sur ce qui abîme vraiment une relation, et sur ce qui la fait tenir ?
D'où vient l'expression
Le drapeau rouge est un signal d'alerte depuis longtemps : sur les plages pour interdire la baignade, sur les circuits automobiles pour arrêter la course, sur les voies ferrées pour signaler un danger. L'expression « red flag » est passée dans le langage courant pour désigner un indice de problème, puis, avec les réseaux sociaux, s'est spécialisée dans les relations amoureuses et amicales. Son contraire, le green flag, désigne un comportement rassurant.
Les signaux d'alerte qui comptent vraiment
Tous les « red flags » ne se valent pas. Ne pas aimer les chiens ou détester les comédies musicales relève de la compatibilité, pas du danger. Certains comportements, en revanche, sont reconnus par les psychologues et les associations d'aide aux victimes comme des signaux sérieux, surtout lorsqu'ils se répètent :
- le mépris : moqueries, sarcasmes, humiliations, y compris « pour rire ». Le psychologue John Gottman, qui a observé des centaines de couples, y voit le signe le plus annonciateur d'une séparation parmi tous ceux qu'il a observés ;
- la jalousie qui contrôle : surveiller le téléphone, exiger de savoir où l'autre se trouve à chaque instant, lui reprocher ses tenues ou ses amitiés ;
- l'isolement : décourager peu à peu de voir ses amis ou sa famille, jusqu'à devenir le seul lien ;
- les débuts trop intenses : déclarations enflammées, cadeaux, projets d'avenir dès les premières semaines, puis froideur soudaine. On parle de love bombing ;
- le refus d'assumer : ne jamais reconnaître ses torts, retourner chaque reproche, faire douter l'autre de sa propre mémoire ;
- le non-respect des limites : insister après un « non », que ce soit pour une sortie, une photo ou un geste intime.
Ces comportements ont un point commun : ils ne parlent pas de goûts, mais de pouvoir. Le sociologue américain Evan Stark a décrit en 2007 le contrôle coercitif : un ensemble de comportements de surveillance, d'isolement et d'intimidation qui, mis bout à bout, privent une personne de sa liberté, parfois sans aucune violence physique. L'Angleterre et le pays de Galles en ont fait un délit dès 2015.
Les green flags, moins viraux mais plus importants
Les comportements qui font tenir une relation sont moins spectaculaires, mais ils sont bien documentés.
Répondre aux petites sollicitations. John Gottman a observé des jeunes mariés pendant une journée dans un appartement aménagé en laboratoire. Il s'est intéressé aux minuscules « appels » que chacun lance à l'autre : un commentaire sur un article, un soupir, une blague. Selon ses observations, les couples encore ensemble six ans plus tard répondaient à ces appels environ 86 % du temps, contre 33 % pour ceux qui s'étaient séparés.
Savoir réparer. Tous les couples se disputent. Ceux qui durent savent désamorcer : une excuse, une touche d'humour, une main tendue au milieu du conflit, et un partenaire qui accepte ce geste.
Accepter l'influence de l'autre. Écouter un avis, changer d'idée, faire des compromis : les travaux de Gottman associent cette capacité à des relations plus stables.
Être attentif à ce que vit l'autre. Les psychologues parlent de réceptivité : le sentiment que l'autre nous comprend, nous apprécie et prend soin de nous. C'est l'un des ingrédients les plus constants des relations heureuses.
Respecter les limites et la vie de chacun. Encourager l'autre à voir ses amis, à avoir ses projets, à dire non sans craindre de représailles.
Ne pas tout transformer en drapeau
La mode des red flags a ses travers. Une liste trop longue peut faire voir un danger dans le moindre défaut, ou servir à juger les autres sans jamais se regarder soi-même. Personne n'est un green flag absolu : tout le monde a des jours de mauvaise humeur, des maladresses, des réactions dont il n'est pas fier.
Ce qui compte, c'est la répétition et la réaction. Un comportement isolé, reconnu et corrigé n'a rien à voir avec un schéma qui s'installe et que l'autre refuse de voir. C'est aussi pourquoi la question la plus utile n'est pas « quels sont ses red flags ? », mais « comment est-ce que je réagis, moi ? ». C'est le parti pris de notre quiz Es-tu un red flag ou un green flag ? : il vous met face à vos propres réactions, avec humour.
Si une relation vous fait peur
Si vous vous reconnaissez dans plusieurs signaux d'alerte, en tant que victime ou que témoin, vous n'avez pas à rester seul avec vos doutes. En France, le 3919 (Violences Femmes Info) est gratuit, anonyme et joignable jour et nuit, pour les victimes comme pour leurs proches. En cas de danger immédiat, appelez le 17 ou envoyez un SMS au 114.
En résumé
- « Red flag » désigne un signal d'alerte ; beaucoup de ceux qui circulent en ligne relèvent des goûts, pas du danger.
- Les vrais signaux d'alerte parlent de pouvoir : mépris, jalousie qui contrôle, isolement, non-respect des limites.
- Les green flags sont plus discrets : répondre aux petites sollicitations, savoir réparer, accepter l'influence de l'autre, respecter sa liberté.
- Un défaut isolé n'est pas un drapeau rouge : ce qui compte, c'est la répétition et la capacité à se remettre en question.
Pour aller plus loin, notre article sur ce que la science dit de la compatibilité amoureuse détaille les « quatre cavaliers » de John Gottman.