« Vous êtes compatibles à 94 % ! » Les calculateurs d'amour adorent les pourcentages. Mais la compatibilité amoureuse, la vraie, est-ce que la science sait la mesurer ? Les psychologues étudient les couples depuis des décennies, et leurs résultats bousculent pas mal d'idées reçues.
Les opposés s'attirent… surtout au cinéma
C'est l'une des idées les plus répandues : un timide et une extravertie, une organisée et un rêveur, et l'étincelle jaillit. Dans les années 1950, le sociologue Robert Winch avait même formulé une théorie des « besoins complémentaires ». Les études qui ont suivi ne l'ont guère confirmée.
À l'inverse, la ressemblance est l'un des résultats les plus solides de la psychologie des relations. Dans les années 1960 et 1970, le psychologue Donn Byrne montre que nous sommes plus attirés par des inconnus qui partagent nos opinions. Et dans la vie réelle, les couples se ressemblent nettement plus que le hasard ne le voudrait sur l'âge, le niveau d'études, le milieu social, les valeurs, les opinions politiques ou religieuses. Les sociologues appellent cela l'homogamie.
Sur la personnalité, en revanche, la ressemblance compte beaucoup moins qu'on pourrait le croire. Deux personnes aux caractères différents peuvent former un couple très heureux.
La ressemblance qu'on croit voir
Une grande synthèse publiée en 2008 par Matthew Montoya et ses collègues, portant sur plus de 300 études, apporte une nuance intéressante. La ressemblance réelle joue surtout au début, quand on connaît peu l'autre. Dans les relations installées, c'est la ressemblance perçue qui compte : le sentiment d'être sur la même longueur d'onde, même quand ce n'est pas tout à fait vrai.
Autrement dit, la compatibilité est aussi une histoire que les partenaires se racontent sur eux-mêmes.
Ce que l'on croit vouloir… et ce qui nous attire
Demandez à quelqu'un de décrire son partenaire idéal : il citera volontiers l'humour, l'ambition, le physique, la culture. En 2008, les psychologues Paul Eastwick et Eli Finkel ont comparé ces préférences déclarées avec ce qui se passait réellement lors de sessions de speed dating. Résultat : les critères annoncés avant la soirée prédisaient très mal les personnes qui plaisaient vraiment une fois en face.
Les listes de critères sont donc un mauvais guide. On découvre ce qui nous plaît en rencontrant les gens, pas en remplissant un formulaire.
Ce qui prédit vraiment un couple heureux
En 2020, une équipe internationale menée par la chercheuse Samantha Joel a regroupé 43 études longitudinales portant sur plus de 11 000 couples, et a laissé des algorithmes chercher ce qui prédit le mieux la satisfaction amoureuse.
Les traits de personnalité de chacun (être anxieux, plutôt heureux dans la vie, à l'aise avec l'intimité…) jouent un rôle, mais modeste. Et les caractéristiques du partenaire n'ajoutent presque rien. Ce qui compte le plus, ce sont des éléments qui naissent dans la relation elle-même :
- le sentiment que l'autre est engagé dans le couple ;
- la reconnaissance et l'appréciation que l'on ressent l'un pour l'autre ;
- la satisfaction sexuelle ;
- l'impression que le partenaire est heureux dans la relation ;
- un faible niveau de conflit.
Conclusion des auteurs : la compatibilité ne se trouve pas toute faite, elle se construit. Le « bon » partenaire est moins une personne idéale qu'une relation qui fonctionne.
Comment on se dispute compte plus que le nombre de disputes
Le psychologue américain John Gottman a observé des centaines de couples en train de discuter de leurs désaccords. Tous les couples se disputent ; ce qui distingue ceux qui durent, c'est la manière. Il a identifié quatre attitudes particulièrement destructrices, qu'il appelle les « quatre cavaliers » :
- la critique (attaquer la personne plutôt que le problème) ;
- le mépris (sarcasme, moquerie, yeux au ciel), le plus toxique des quatre ;
- l'attitude défensive (se poser en victime, contre-attaquer) ;
- le mur de silence (se fermer, refuser l'échange).
Gottman a aussi observé que, dans les couples stables, les échanges positifs (humour, affection, écoute) l'emportent largement sur les négatifs pendant un conflit, de l'ordre de cinq pour un.
Et l'attachement ?
Depuis les travaux de Cindy Hazan et Phillip Shaver en 1987, les chercheurs appliquent aux adultes la théorie de l'attachement, née de l'observation des bébés. Les personnes à l'attachement sécure sont à l'aise avec l'intimité et l'indépendance ; d'autres sont plutôt anxieuses (peur d'être abandonnées) ou évitantes (mal à l'aise avec la proximité). Ces styles influencent la façon de vivre une relation, mais ils ne sont pas une fatalité : ils peuvent évoluer, notamment au contact d'un partenaire rassurant.
Alors, que valent les calculateurs d'amour ?
Aucun calcul fondé sur des prénoms, des dates de naissance ou des signes astrologiques ne prédit la réussite d'un couple. C'est d'ailleurs ce que dit honnêtement Lovemeter : son score est calculé lettre par lettre, de façon fixe, et le test est avant tout ludique. Ses cinq dimensions (chimie, communication, passion, confiance, long terme) ont le mérite de rappeler ce qui compte vraiment, et de lancer la conversation.
En résumé
- Les couples se ressemblent surtout par l'âge, les études, le milieu et les valeurs ; les opposés s'attirent rarement.
- Nos critères déclarés prédisent mal qui nous attire vraiment.
- Le bonheur d'un couple dépend surtout de la relation elle-même : engagement, reconnaissance, intimité, gestion des conflits.
- Les calculateurs d'amour sont un jeu. Le vrai test, c'est le temps.
