Viberankly

L'effet Flynn : pourquoi le QI a grimpé pendant un siècle

Environ 3 points de plus par décennie au XXe siècle, puis un recul dans certains pays : l'effet Flynn et ce qu'il nous apprend sur l'intelligence.

4 min de lecture

Si l'on faisait passer à un adulte d'aujourd'hui un test de QI étalonné en 1950, il obtiendrait sans doute un score nettement supérieur à 100. Non pas parce qu'il serait exceptionnel, mais parce que la population entière a progressé sur ce type de test. Ce phénomène porte un nom : l'effet Flynn.

Une découverte de statisticien

Dans les années 1980, le politologue néo-zélandais James Flynn s'intéresse à une question technique : que deviennent les scores de QI quand on compare les anciennes et les nouvelles versions d'un même test ? En 1984, il montre qu'aux États-Unis, les scores ont gagné environ 3 points par décennie entre les années 1930 et la fin des années 1970. En 1987, il élargit l'analyse à 14 pays : la hausse est partout, parfois spectaculaire.

D'autres chercheurs l'avaient remarqué avant lui (dès 1948, le psychologue Reuel Tuddenham notait que les recrues américaines de la Seconde Guerre mondiale réussissaient bien mieux que celles de la Première). Mais c'est Flynn qui en a mesuré l'ampleur, et le phénomène a fini par porter son nom.

Des gains énormes, mais pas partout

L'exemple le plus frappant vient des Pays-Bas. Les jeunes hommes de 18 ans y passaient un test de raisonnement lors du service militaire. Entre 1952 et 1982, leur score moyen a progressé d'environ 20 points : plus d'un écart-type en une seule génération.

Ces gains ne sont pas répartis de façon égale entre les épreuves :

  • ils sont très forts sur les tests de raisonnement abstrait, comme les matrices de Raven ou les « similitudes » (trouver ce que deux notions ont en commun) ;
  • ils sont faibles sur le vocabulaire, l'arithmétique ou les connaissances générales.

Autrement dit, ce n'est pas que nous en sachions beaucoup plus que nos grands-parents : c'est surtout notre façon de raisonner face à un problème abstrait qui a changé.

Pourquoi le QI a-t-il grimpé ?

Une hausse aussi rapide ne peut pas être génétique : les gènes d'une population ne changent pas en trente ans. Les chercheurs avancent plusieurs explications, probablement complémentaires :

  • l'alimentation et la santé : sur la même période, la taille moyenne a aussi augmenté, et les maladies infectieuses de l'enfance, qui pèsent sur le développement du cerveau, ont reculé ;
  • la scolarisation : on va beaucoup plus longtemps à l'école, et l'école entraîne précisément à manipuler des catégories et des hypothèses ;
  • des familles plus petites, avec plus d'attention et de stimulation pour chaque enfant ;
  • un environnement plus abstrait : métiers intellectuels, symboles, écrans, plans, schémas… le monde moderne demande sans cesse de raisonner sur des choses qu'on ne voit pas.

Flynn insistait sur ce dernier point. Il parlait de « lunettes scientifiques » : nous avons pris l'habitude de classer les choses selon des catégories abstraites. Demandez à quelqu'un d'aujourd'hui ce qu'ont en commun un chien et un lapin, il répondra « ce sont des mammifères ». Dans les années 1930, le psychologue soviétique Alexandre Luria interrogeait des paysans d'Asie centrale peu scolarisés, qui répondaient plutôt de façon concrète et utile : on se sert du chien pour chasser le lapin. Une réponse intelligente, mais qui ne rapporte pas de points dans un test de QI.

Le paradoxe

Si l'on prend les chiffres au pied de la lettre, la moyenne de 1900 correspondrait à un QI d'environ 70 selon les normes actuelles. Nos arrière-grands-parents n'avaient pourtant rien de déficients : ils géraient des fermes, des commerces, des familles.

Pour Flynn, ce paradoxe montre que le QI ne mesure pas une « intelligence pure » et immuable, mais des habitudes de pensée qui dépendent de l'époque. Les capacités de fond n'ont pas forcément explosé ; ce sont les compétences valorisées par les tests qui se sont diffusées.

Le retournement

Depuis les années 1990, plusieurs pays observent un ralentissement, voire un recul. L'étude la plus solide vient de Norvège : en 2018, les économistes Bernt Bratsberg et Ole Rogeberg ont analysé les tests passés par les conscrits norvégiens pendant des décennies. Les scores progressent pour les hommes nés jusqu'au milieu des années 1970, puis baissent.

Détail important : la baisse apparaît au sein des mêmes familles, entre frères aînés et cadets. Elle n'est donc pas due à un changement de population, mais à l'environnement, sans que l'on sache encore exactement lequel (évolution de l'école, des lectures, des écrans, des tests eux-mêmes…). Le Danemark et la Finlande ont rapporté des tendances proches.

Ce que ça change concrètement

L'effet Flynn a une conséquence très pratique : un test vieillit. Si ses normes datent de vingt ans, il surestime les scores, puisque la population de référence a changé. C'est pourquoi les grands tests comme la WAIS sont réétalonnés régulièrement.

Aux États-Unis, la question est même arrivée devant les tribunaux : depuis 2002, la peine de mort ne peut pas être appliquée à une personne atteinte de déficience intellectuelle, et la date d'étalonnage du test utilisé a parfois été discutée lors des procès.

En résumé

  • Les scores de QI ont augmenté d'environ 3 points par décennie au XXe siècle, surtout sur le raisonnement abstrait.
  • Les causes sont environnementales : santé, alimentation, école, monde plus abstrait.
  • Dans certains pays, la tendance s'est inversée pour les générations nées après le milieu des années 1970.
  • Le QI mesure aussi des habitudes de pensée liées à une époque, pas une capacité figée.

Pour savoir ce que mesure un test de QI aujourd'hui, lis notre article Que mesure vraiment un test de QI ?, puis essaie les matrices du test de QI de Viberankly.

Et toi, qu'est-ce que ça donne ? Fais le test sur Test de QI.

Jouer sur Test de QI

À lire aussi

Tous les articles