Le QI fait partie de ces chiffres que tout le monde connaît sans trop savoir ce qu'ils recouvrent. On le cite pour impressionner, on le compare entre amis, on s'inquiète parfois du sien. Mais que mesure vraiment un test de QI, et que vaut un score obtenu en quelques minutes sur Internet ?
Une invention scolaire
Le premier test d'intelligence moderne n'a pas été conçu pour classer les génies. En 1905, le psychologue français Alfred Binet et le médecin Théodore Simon publient une « échelle métrique de l'intelligence » à la demande du ministère de l'Instruction publique. L'objectif est très concret : repérer les enfants qui ont besoin d'un accompagnement scolaire adapté.
Leur méthode compare un enfant aux enfants du même âge, ce qui donne un « âge mental ». En 1912, le psychologue allemand William Stern propose de diviser cet âge mental par l'âge réel et de multiplier le tout par 100 : le quotient intellectuel est né. Un enfant de 10 ans qui réussit comme un enfant moyen de 12 ans obtient alors 120.
Cette formule ne fonctionne plus à l'âge adulte (personne ne progresse d'une « année mentale » par an à 40 ans). Les tests actuels utilisent donc un autre principe.
100, la moyenne par construction
Aujourd'hui, le QI ne se calcule plus, il se situe. Le psychologue américain David Wechsler, dont les échelles (WAIS pour les adultes, WISC pour les enfants) sont les plus utilisées au monde, a imposé le « QI de déviation » : votre score indique où vous vous placez par rapport à un large échantillon de personnes de votre âge, appelé échantillon d'étalonnage.
Les scores sont réglés pour suivre une courbe de Gauss de moyenne 100 et d'écart-type 15. Concrètement :
- environ 68 % de la population obtient entre 85 et 115 ;
- environ 95 % se situe entre 70 et 130 ;
- un peu plus de 2 % dépasse 130, le seuil souvent retenu pour parler de « haut potentiel » (c'est aussi le critère d'entrée de Mensa, qui demande de faire mieux que 98 % de la population).
Un QI de 100 n'est donc ni « bon » ni « mauvais » : il veut simplement dire que vous êtes pile dans la moyenne de votre classe d'âge. Et un score n'a de sens qu'avec sa marge d'erreur, généralement de l'ordre de 5 points de part et d'autre.
Ce que le test mesure
Un test comme la WAIS ne pose pas une seule question, mais une série d'épreuves très différentes : définir des mots, trouver des points communs entre deux notions, reproduire des figures avec des cubes, compléter des matrices, répéter des suites de chiffres, barrer des symboles le plus vite possible… Dans sa quatrième édition, ces épreuves sont regroupées en quatre indices :
- la compréhension verbale (vocabulaire, raisonnement avec les mots) ;
- le raisonnement perceptif (logique visuelle, espace) ;
- la mémoire de travail (garder et manipuler des informations en tête) ;
- la vitesse de traitement (rapidité sur des tâches simples).
Le fait que ces capacités soient liées entre elles, que les personnes douées dans l'une le soient souvent un peu dans les autres, avait été repéré dès 1904 par le psychologue britannique Charles Spearman. Il l'a appelé le facteur g, pour « intelligence générale ». Le QI total en est une estimation.
Parmi les épreuves les plus célèbres figurent les matrices progressives de Raven, créées en 1938 : une grille de motifs dont il manque une case, à compléter en trouvant la règle. Elles n'utilisent aucun mot, ce qui en fait un bon outil pour mesurer le raisonnement « fluide », celui qui sert face à un problème nouveau.
Ce qu'il ne mesure pas
Le QI prédit assez bien la réussite scolaire, et dans une moindre mesure la réussite professionnelle. Mais il laisse de côté beaucoup de choses qui comptent dans une vie :
- la créativité et l'originalité ;
- les compétences sociales et émotionnelles ;
- la motivation, la persévérance, la curiosité ;
- les connaissances et l'expertise acquises dans un domaine ;
- la sagesse pratique, le bon sens, l'humour.
Un score dépend aussi des conditions de passation : fatigue, stress, maîtrise de la langue, familiarité avec ce type d'exercices. C'est pour cela qu'un bilan sérieux est toujours mené par un psychologue, qui interprète les résultats épreuve par épreuve plutôt que de s'arrêter au chiffre global. Une passation complète dure souvent plus d'une heure.
Et les tests de QI en ligne ?
Un test en ligne, même bien conçu, ne peut pas remplacer ce bilan, pour plusieurs raisons :
- Pas d'étalonnage représentatif. Pour dire que vous faites mieux que 80 % de la population, il faut avoir fait passer le même test, dans les mêmes conditions, à des milliers de personnes choisies pour représenter cette population. Les tests en ligne s'appuient au mieux sur leurs propres joueurs, qui ne sont pas un échantillon représentatif.
- Des conditions non contrôlées. On peut être interrompu, chercher de l'aide, refaire le test plusieurs fois et s'améliorer à force de pratique.
- Trop peu de questions. Une quinzaine d'items ne permet pas d'atteindre la précision d'une batterie complète.
Est-ce pour autant inutile ? Non, si on le prend pour ce qu'il est : un jeu de logique qui s'inspire des vraies épreuves et donne une idée de son aisance avec ce type de raisonnement. C'est l'esprit du test de QI de Viberankly : 15 questions non verbales (matrices façon Raven, suites logiques, rotation dans l'espace), un score estimé et une fourchette, présentés comme une estimation ludique et non comme un diagnostic.
Un chiffre qui bouge avec le temps
Dernière surprise : les scores de QI de la population ont fortement augmenté au cours du XXe siècle, au point que les tests doivent être régulièrement réétalonnés. Ce phénomène, appelé effet Flynn, montre que le QI mesure aussi des habitudes de pensée façonnées par l'école et la société. Nous lui avons consacré un article : l'effet Flynn, ou pourquoi le QI a grimpé pendant un siècle.
En résumé
- Le QI situe une personne par rapport aux autres de son âge : 100 est la moyenne, et deux tiers des gens se situent entre 85 et 115.
- Il mesure surtout le raisonnement, la mémoire de travail et la vitesse de traitement, et laisse de côté la créativité, les émotions ou la motivation.
- Seul un psychologue, avec un test étalonné, peut mesurer un QI. Les tests en ligne donnent une estimation, à prendre comme un jeu.